
Les Coptes pris entre le sabre et le croissant
Les Coptes pris entre le sabre et le croissant
Par Marion Guénard Publié le 09/01/2012 dans le Figaro.
Les uns après les autres, les fidèles s'agenouillent et baisent avec ferveur les phalanges de l'évêque Kirolus. Comme chaque année, en ce jour de Noël, le chef du clergé copte de Naga Hamadi, ville de Haute-Égypte, à une centaine de kilomètres de Louxor, reçoit les familles de la communauté dans un monastère situé en rase campagne, protégé par de hautes murailles. L'homme d'église est entouré de notables locaux, musulmans et chrétiens confondus. «Vous pouvez voir que toute l'Égypte est là!», se félicite l'évêque. Assis à côté de lui, le chef de la police locale égrène son chapelet, signe de son appartenance à l'islam, le sourire ostensible. «La situation est tout à fait normale», assure l'officier.
Près d'un an après la révolution, ces tentatives pour dissimuler les tensions confessionnelles ne suffisent plus à rassurer les Coptes de Naga Hamadi, qui représentent environ 30 % des 500.000 habitants de cette ville tristement célèbre depuis Noël 2010, où une fusillade avait coûté la vie à six Coptes et un policier musulman à la sortie de la messe. Ici, comme partout ailleurs en Égypte, les islamistes sont sortis vainqueurs des législatives. Les Frères musulmans via leur parti Liberté et Justice ont obtenu 30 % des voix, talonnés de près par les salafistes d'el-Nour, qui ont remporté 20 % des suffrages.
La question des lieux de culte
Rompue au pragmatisme politique, la confrérie se veut rassurante à l'égard de la communauté chrétienne, réaffirmant son attachement aux libertés individuelles. Plus radicaux, les salafistes ont également édulcoré leur discours, assurant l'égalité entre musulmans et chrétiens, malgré l'application de la charia. Cependant, pour beaucoup de Coptes, l'avenir reste très incertain. «Personne ne sait aujourd'hui à quoi va ressembler l'Égypte dans un an. Mais j'ai bon espoir. Nous ne retournerons jamais au temps du califat, où nos ancêtres n'avaient aucun droit», avance Ayman, 25 ans, vendeur dans un petit magasin de Naga Hamadi.
En plus de la peur inspirée par les islamistes, de plus en plus de Coptes nourrissent une colère grandissante à l'attention du Conseil suprême des forces armées, à la tête du pays depuis la chute d'Hosni Moubarak. Vendredi soir, lors de la messe de Noël dans l'impressionnante cathédrale d'Abbasseya, au Caire, le pape Shenouda, la principale autorité religieuse copte, a remercié les généraux de l'armée pour leur présence pendant la cérémonie. «Comment peut-il faire cela après l'attaque du Maspero? Les militaires ont tué une vingtaine de Coptes, qui s'étaient rassemblés pour une manifestation pacifique devant la télévision d'État au Caire, en octobre dernier. A-t-il déjà oublié cet événement tragique?», s'insurge Mina, jeune Copte de Haute-Égypte, étudiant en faculté de pharmacie.
Si la majorité préfère se taire, beaucoup de Coptes, des jeunes pour la plupart, reconnaissent que rien n'a changé depuis la chute de Moubarak. Après l'incendie d'une église à Assouan en septembre dernier, le gouvernement s'est engagé à élaborer une loi garantissant l'égalité entre religions, notamment pour la construction de lieux de culte. La promesse est restée lettre morte. «Ce sont seulement quelques communiqués pour tenir les gens tranquilles. On n'attend plus rien des militaires, qui ont les mains tâchées de sang», regrette Ayman.
Un an après l'attentat à la bombe contre l'église des Deux-Saints à Alexandrie, qui avait fait une vingtaine de morts, les Coptes attendent toujours que justice soit faite. Comme pour la plupart des actes de violence confessionnelle, l'enquête n'a pas été menée à son terme et, à ce jour, les coupables n'ont toujours pas été identifiés, le gouvernement se contentant d'imputer le massacre à un étranger, iranien ou membre du Hezbollah.
Les autorités ont fait preuve de la même mauvaise volonté dans l'affaire de Naga Hamadi. Après plus de 18 mois de procédure judiciaire, el-Qamuni, l'auteur de la fusillade, a été condamné à mort dans la précipitation. «Il a été pendu juste après les attaques du Maspero. Une décision opportuniste pour calmer les chrétiens d'Égypte», analyse Bola Abdou, activiste à Naga Hamadi.
En 2012, l'Égypte ne connaît toujours pas l'apaisement
Paris le 11-02-2012
LE Nouvel Opservateur
LE PLUS. En 2012, l'Égypte ne connaît toujours pas l'apaisement : le Conseil suprême des forces armées fait régner une terreur qui s'abat sur tous, et notamment sur les femmes, arbitrairement arrêtées et soumise à des tests de virginité révoltants. Geneviève Garrigos, présidente d'Amnesty International France, s'insurge.
Le Caire. Mars 2011. Les manifestations pacifiques de la place Tahrir sont réprimées violemment. Un groupe de manifestantes est arrêté par l’armée égyptienne.
Dix-sept d’entre elles sont retenues pendant quatre jours. Quatre jours au cours desquels elles sont frappées, fouillées au corps, soumises à des décharges électriques. Au moins sept d’entre elles subissent des "tests de virginité" ; "celles qui ne seraient pas déclarées vierges" risquent d’être inculpées de prostitution. Traduites devant un tribunal militaire, elles sont condamnées à des peines avec sursis d’un an pour charges mensongères avant d’être libérées.
Samira Ibrahim, responsable marketing âgée de 25 ans originaire de Sohâg, en Haute- Égypte, est seule à oser braver les autorités. Elle dépose deux plaintes devant les tribunaux égyptiens : la première pour demander la suppression des "tests" pratiqués sur les femmes égyptiennes, la seconde sur ce qu’elle a personnellement enduré.
Trois mois plus tard, lors du rencontre avec Amnesty International, le général Abdel Fattah al Sisi, chef des services de renseignements militaires et membre du CSFA, explique que ces "tests" ont été effectués sur les femmes placées en détention afin de "protéger l’armée contre toute accusation de viol". Il s’engage à mettre fin à cette pratique.
D’autres engagements sont pris. La nécessité d’établir la justice sociale pour tous les Égyptiens, de faire évoluer la culture des forces de sécurité. Il donne l’assurance que la violence ne serait pas utilisée contre les manifestants, que les détenus seraient correctement traités.
Depuis, le nombre d’allégations de violences et d’atteintes aux droits humains mettant en cause les forces gouvernementales placées sous le contrôle du CSFA n’a cessé de croître.
En octobre, les forces de sécurité ont dispersé en recourant à une force extrême une manifestation majoritairement copte. Tirs à balles réelles, véhicules blindés écrasant la foule. 28 morts.
En novembre, l’intervention de la police antiémeutes lors d’un sit-in pacifique place Tahrir entraîne plusieurs journées de violences. 50 morts et des centaines de blessés. Les manifestants avaient été blessés durant le mouvement du 25 Janvier et réclamaient un transfert de leur dossier devant les instances civiles et des réparations.
En décembre, un autre sit-in pacifique est dispersé par les soldats. 17 morts. Des vidéos montrent les soldats frappant des manifestantes, notamment à coups de pieds, les tirant sur le sol par les cheveux. Plus récemment encore, malgré les dénégations du ministère de l’Intérieur, la police antiémeutes a tiré pour réprimer les manifestations au lendemain de la tragédie du match de football de Port-Saïd. Au moins 15 morts.

Place Tahrir au Caire, Egypte, le 01/12/11 (Aude Osnowycz/Sipa)
Un an après le renversement du président égyptien Hosni Moubarak, qui a mis fin à 30 ans de répression violente, la population d’Égypte attendait justice et changement. Mais, la main de fer de Hosni Moubarak a rapidement laissé place au Conseil suprême des forces armées (CSFA), une junte militaire tout aussi puissante qui assume les fonctions gouvernementales. Le CSFA avait promis de mettre un terme à l’état d’urgence. Il n’en est rien.
La loi relative à l'état d'urgence pour les "actes de violence", crimes définis en termes vagues ayant remplacé le "terrorisme", permet de justifier le maintien en détention sans inculpation ni jugement.
La promesse de faire respecter la liberté d’expression, d’association et de réunion se heurte à la dure réalité, les nouvelles autorités ne tolérant aucune critique. Les militants sont pris pour cibles, les ONG harcelées et les manifestants pacifiques dispersés avec violence. Des milliers de citoyens ont été traduits devant des tribunaux militaires, et parfois condamnés à mort.
Un an après la démission de Hosni Moubarak, la vie n’a guère changé pour les égyptiens, et particulièrement pour les femmes. Nombreux sont ceux qui, loin de vivre dans une Égypte nouvelle, plus libre et plus juste, sont pris au piège entre le passé et le futur, vivant sous le régime militaire et confrontés à un avenir incertain.
Le Parlement nouvellement élu aura-t-il le courage d’affronter les généraux et de remettre en cause le statu quo désastreux ?
Fin décembre 2011, après des mois de délai, un tribunal administratif égyptien a finalement statué que les "tests de virginité" étaient illégaux et ordonné la suppression de cette pratique. Le médecin accusé de les avoir effectués doit comparaître en justice, bien que les charges retenues contre lui aient été réduites.
Néanmoins, des membres des forces de sécurité continuent à envoyer des menaces à Samira Ibrahim. Son affaire a déjà été reportée à six reprises. Fait incroyable, la semaine dernière, les avocats de l’armée ont une nouvelle fois argumenté que les "tests" n’avaient jamais été pratiqués sur les manifestantes.
Mais peu importe le temps que cela prendra, les menaces qu’elle recevra, comme des millions d’ Égyptiens, Samira continuera à se battre : "Si j’abandonne les poursuites, explique-t-elle avec défi, ce qui m’est arrivé pourra arriver à n’importe quelle jeune fille en Égypte".
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Les coptes et la nuit de Gethsémani
Paris le 20/1/2012
Les coptes et la nuit de Gethsémani
Blaise Pascal est-ce un « arriéré » ? S’interroge Léon Chestov dans « La nuit de Gethsémani »[i]. Il n’était pas entraîné, dit-il, avec tous les autres, en avant, vers un avenir terrestre meilleur mais en arrière dans les profondeurs du passé. D’autres sont écoutés, ceux-là même contre qui il luttait, ceux-là qui le haïssaient. C’est chez l’un de deux qu’on a souvent cherché la vérité : ce n’est pas chez le jeune Pascal mais chez Monsieur Descartes, considéré comme père de la philosophie nouvelle, et ce n’est pas de Pascal, mais c’est de Descartes que nous acceptons la vérité[ii]. On admire Pascal et on passe son chemin, c’est un jugement sans appel, cruel et injust, mais c’est le jugement de l’histoire. Le sens de l’histoire est souvent le sens du mal disait Michel Villey[iii].
Qui ose écrire, parmi les intellectuels modernes, ce que Pascal a écrit dans ses Lettres Provinciales « Je n’espère rien du monde, je n’en appréhende rien ; je n’en veux rien ; je n’ai besoin, par la grâce de Dieu, ni du bien, ni de l’autorité de personne». Chestov a bien compris le sens de cette audace pascalienne : un homme qui n’a peur de rien, peut-on le contraindre au reniement par des menaces ? Mais au-delà de son courage il s’agit aussi d’une attitude intellectuelle et philosophique face à la vérité elle-même. Le juge suprême dans tous les différends, ce n’est pas l’homme, ni la société, mais Celui qui est au dessus des hommes[iv].
La vie des coptes est comme la vie de Pascal : une lutte permanente et pénible. Et tout comme Pascal, ce qui tranquillise ordinairement les hommes suscite en lui la plus grande inquiétude et au contraire, ce que les hommes craignent le plus, fait naître en lui les grands espoirs[v], ainsi se dit un copte. Les hommes et les femmes modernes dans notre Occident libre n’osent pas regarder librement le monde avec leurs propres yeux. Il leur faut les yeux « communs », l’appui et l’autorité des autres. Ils sont même capables d’accepter plus facilement ce qui leur est étranger, mais accepté par tous, que ce qui leur est proche et cher, mais rejeté par tous[vi]. Qui n’en a pas fait l’expérience ? C’est bien cela qui marque une autre différence entre un Pascal et un moderne. Les modernes, individualistes et libérés, ne verront pas ce qu’ils sont appelés à voir, même si on leur montre.
Chestov poursuit, par ailleurs, une fine analyse de la philosophie de Pascal. Il nous dit que les vérités découvertes par Pascal étaient pour le monde et même pour Port-Royal, nuisibles, dangereuses et effrayantes[vii]. Il a humilié la Raison si fière et si sûre d’elle-même. La raison donne l’assurance et la certitude, ses jugements sont solides et définis. Les vérités des modernes, celles des rationalistes, ces vérités les plus solides et les plus évidentes, celles que Descartes appelle « vérités de raison»[viii] incontestables ne s’imposent pas. C’est bien cela qui déroute chez Pascal : auprès de lui les modernes n’auront pas le réconfort de la certitude, encore moins la douceur de la vie raisonnable. Pour être en sa compagnie, il faut l’aimer tel qu’il est. Il n’a jamais dit qu’on trouve la joie quand on fait un chemin comme le sien, ce qu’il considère vrai est souvent pénible à supporter et dur à assumer. Ceux qui cherchent une vie calme et douce n’auront aucune consolation. Il est là avec son innocence mais aussi avec son inquiétude, il nous dit qu’il ne faut pas s’arrêter et marcher sans fin, même si l’on est fatigué et las. Ce qui est concevable dans ce combat est le fait même qu’il soit inconcevable qu’il n’ait pas lieu. Car « la plus cruelle guerre que Dieu puisse faire aux hommes, écrit Pascal, est de les laisser sans cette guerre qu’il est venu apporter ».
La nuit de Gethsémani est une nuit de douleur. Qui acceptera de traverser une telle nuit dans sa propre vie? Qui ose traverser jusqu’au bout une vallée des larmes que la Raison reprouve et la justice du monde récuse.
La nuit de Gethsémani est la nuit de la plus affreuse douleur qu’une âme innocente puisse connaître. Jésus n’a pas connu le succès mais la Croix, écrit Michel Villey dans ses carnets. Notre vie est ainsi faite : elle laisse voir une plaie ouverte à notre côté. Tout ce qui donne à notre vie une certaine grandeur est sa grandiose pauvreté. La vérité de la Foi dont parle Pascal est celle-ci : le mystère de cette nuit de souffrance n’est pas contre la raison, il est au dessus d’elle. Cette vérité pascalienne ne ressemble en rien à celle de tout le monde. Dans cet univers, écrit Chestov, avec justesse, nul calme, nul repos, une alarme éternelle ; pas de sommeil, une veille sans fin…nos vérités coutumières sont là-haut des mensonges, et ce que nous rejetons est là-haut retenu»[ix].
On s’accoutume à l’abîme, à la nuit de Gethsémani. Le terrain solide manque sous ses pieds comme un homme qui traverse une épreuve douloureuse ou un moment de vérité. Et cela lui fait terriblement peur. Seul un homme qui passe par la même épreuve sait de quoi il parle ; il connaît le sens de rester sans appui, quand un précipice est ouvert sous ses pieds, un cri perçant jaillit « Seigneur, Seigneur, pourquoi m’as-tu abandonné »[x]. Il écrit cette belle pensée : «Nous sommes si présomptueux que nous voudrions être connus de toute la terre, et même des gens qui viendront quand nous ne serrons plus ; et nous sommes si vains que l’estime de cinq ou six personnes qui nous environnement nous amuse et nous contente ». Qui dans notre n’a pas éprouvé cette forme de contentement illusoire dont parle Pascal ? Qui n’a pas sacrifié la vérité au prix d’un vain contentement de l’entourage ? L’approbation de cinq ou six personnes suffit pour qu’on ait le faux sentiment d’être approuvé par le monde entier. Chestov exprime très clairement l’idée de Pascal dans les Provinciales : personne ne s’intéresse au vrai ; ce qu’on demande au lieu du vrai ; ce sont les jugements commodes qui puissent servir ou convenir à un nombre d’hommes le plus grand possible[xi].
Sans sacrifier la Raison, mais en la dépassant, il pose son célèbre principe : «Deux excès, exclure la raison, n’admettre que la raison »(253). Tout y est. Nul besoin d’ajouter un mot. Chestov parle ici non seulement au nom de Pascal mais à son propre nom et pour tous : nous ne voulons pas penser, nous ne voulons pas étudier nous-même, pour ne pas voir la vraie réalité[xii]. L’homme hait le réveil, et l’erreur est un lit confortable.
Le drame est sans nom : comment l’homme verrait-il le drame dont lui-même est l’un des acteurs ? Pour cela, il faudrait un homme qui pense non pas un idéologue qui justifie a posteriori le pouvoir, un homme désintéressé de la fausse victoire dans les faux combats pour une fausse liberté.
On n’a jamais vu le personnage de Jésus dans les romans de Bernanos mais on a souvent vu l’homme qui traverse le calvaire ; l’homme de Gethsémani ; l’homme de la passion et de l’agonie. On a vu la passion du curé de campagne. Tous les saints bernanosiens se trouvent en agonie, dans une longue nuit de Gethsémani, dans la tentation du désespoir. Quelque chose fait penser aux coptes d’Egypte qui traversent eux aussi une longue nuit de Gethsémani.
[i]Léon Chestov, La nuit de Gethsémani- Essai sur la philosophie de Pascal, Librairie Grasset, coll. Les Cahiers Verts, Paris, 1923, p.1. Pour une biographie de la vie de Léon Chestov voir Nathalie Baranoff-Chestov, Vie de Léon Chestov, T. I , L’homme du souterrain 1866-1929, 1991 ;T. II, Les dernières années 1929-1939, Editions de la Différence, Paris, 1993, traduit du russe par Blanche Baronstein -Vinaver.
[ii] Pascal a écrit dans Les Pensées que «Descartes est inutile et incertain ».
[iii] Réflexion sur la philosophie et sur le droit, PUF, 1985.
[iv]Léon Chestov, La nuit de Gethsémani, p. 9.
[v] Chestov, op. cit, p. 11.
[vi] En ce sens, op.cit., p. 17
[vii] p.25 et p.27..
[viii]Chestov écrit au sujet de Descartes qu’on ne pourra jamais pardonner à Descartes que par sa faute les hommes ont été de nouveau aveuglés, ramenés vers ce merveilleux enchantement et cet assoupissement dont Pascal a parlé, op. cit., p.159.
[ix] pp. 57-58
[x] p.117.
[xi] p.63.
[xii] p.133. Voir également de Pascal, Abrégé de la vie de Jésus Christ, les Carnets DDB, Editions Desclée de Brouwer, Paris, 1992.
l'arrivée du nouvel an !!
Paris le 1/1/2012
l'arrivée du nouvel an !!
Le Caire, place Maspéro : un massacre planifié – Condamnation par le Parlement Européen

Paris le 21/12/2011
_______Cet article du Bulletin n° 25 a été mis en ligne sur l’insistance de nos amis coptes qui vivent au quotidien un système religieux dont nos médias tendent à faire la promotion. Tous nous disent que ce qui se passe de plus en plus en Egypte va arriver demain en France. À moins qu’une meilleure connaissance du Christianisme des origines ne permette de mieux comprendre le phénomène qu’est l’Islam – et d’aider les gens à en sortir.
[texte du Parlement européen en bas de l'article]
Des précisions nous sont parvenues peu à peu. Non seulement, le massacre des Coptes est bien réel et d’une ampleur bien plus grande que ce qu’on a dit, mais il a été froidement prémédité.
_____Le dimanche 9 octobre au soir, 13 personnes ont été écrasées par les engins blindés de l’armée ; les autres morts ont été tués d’une balle dans la tête ou en plein cœur (de nombreuses vidéos d’amateurs ont fait voir tel ou tel aspect du massacre, dont celle-ci où on entend les coups de feu réguliers et répétés). En tout, il y a eu bien plus que 27 morts et 300 blessés, les militaires auraient jeté un nombre encore inconnu de cadavres dans le Nil. Quant au nombre de blessés, il est inchiffrable – probablement plus de 300 –, les hôpitaux, débordés, ayant connu plusieurs jours de chaos ; l’hôpital copte du Caire, qui recevait de très nombreux blessés, a même été attaqué par une bande d’islamistes, soutenus par l’armée.
_____Il faut rappeler le contexte. Le régime corrompu de Moubarak était déjà un régime sous la coupe des islamistes. Depuis Sadate, dont les relations avec les Frères musulmans étaient très ambiguës et qui fut assassiné par eux, « l’islamisme » est largement présent dans les rangs de l’armée et inspire la politique « d’islamisation » du pays ; le mouvement salafiste, financé par l’Arabie Saoudite, n’a fait qu’empirer la situation. C’est contre ce régime qui fait des Coptes des non-citoyens que les jeunes, coptes et musulmans ensemble, ont manifesté à partir du 25 janvier place Tahrir au Caire. Aucune démocratie ne peut exister sur la mise à l’écart d’une catégorie de citoyens, les privant de droits dans la vie sociale et politique. Or, c’est bien ainsi que les islamistes parlent de « démocratie »: pour eux, les Coptes doivent rester des sous-citoyens. Et depuis février, ce sont deux à trois agressions anti-chrétiennes qui ont eu lieu chaque semaine. En son essence même, le système islamique est fondé sur l’inégalité entre les musulmans, qui, de droit divin, doivent posséder la terre (sourate 7,128 ; 19,40 ; 21,105 ; etc.) et les non-musulmans qui doivent leur être soumis (soumis se disant muslim c’est-à-dire musulman, au sens où les musulmans sont soumis à Dieu et les non-musulmans sont soumis aux soumis afin que se réalise sur terre l’idéal de soumission-Islam voulu par Dieu). Tel est le programme des purs et durs financés par l’Arabie Saoudite, appliquant le Coran à la lettre.
_____Le mardi 4 octobre, les jeunes Coptes du Caire avaient déjà manifesté place Maspéro devant le siège de la télévision à cause des agressions subies par ceux qui travaillaient à la reconstruction, dûment autorisée, d’une église dans le gouvernorat d’Assouan. Cette manifestation s’était dispersée sans incident après que le porte-parole du gouvernement ait promis de régler positivement cette affaire. Les chrétiens se proposèrent néanmoins de revenir le dimanche suivant si le gouvernement ne tenait pas ses engagements. De fait, il n’en avait nulle intention. Le surlendemain, avec la complicité de l’armée, des fanatiques incendiaient l’église en chantier. La manifestation du 9 octobre était donc inévitable. Le samedi 8 après-midi, selon des sources sûres, une réunion gouvernementale impliquant les sinistres services secrets décida de transformer cette protestation en bain de sang, afin de décourager les Coptes. Un candidat à la présidence l’a confirmé à la télévision (article du journal « le 7e jour ») :
“_(note : le vendredi 14 octobre,) Le ministre de l'information a arrêté la diffusion de l’émission en direct « Le rêve de l'Egypte » qui a lieu chaque vendredi de 22h à 23h sur la première chaîne publique. L'invité à cette émission était Monsieur Ayman Nour (note : laïc et démocrate, il avait été candidat à la présidence face à Moubarak en 2006, arrêté et mis en prison avant les élections présidentielles et libéré peu avant le début de la révolte contre le régime), candidat à la présidence (cette année). Monsieur Nour parlait des évènements de la place Maspéro, et insistait sur la réalité des faits, dénonçant également la façon dont la télévision égyptienne avait traité les évènements de la place Maspéro (note : par exemple, une journaliste a prétendu : « les coptes tirent sur les militaires !»).
___Le présentateur de l’émission, Monsieur Atef Kamal, a alors interrompu Monsieur Nour en disant qu’il venait de recevoir un ordre du ministre de l’Information et du président de la chaîne interdisant l’émission, alors que celle-ci était en direct, et qu’elle serait visionnée par le ministre avant d’être diffusée à l’antenne.
_____La veille de la manifestation, Monsieur Nour avait été invité à l’émission « Studio 27 »; il témoigne y avoir rencontré un photographe, qui lui affirma que « les services secrets étaient en train de se mettre en place sur les lieux de la manifestation, qu’il y aurait beaucoup de coptes, et que les forces de sécurité et l’armée se préparaient, ainsi que des voyous du quartier de Boulaq »”.
_____L’idée du traquenard était celle-ci : laisser venir les chrétiens place Maspéro jusqu’aux lignes de militaires, tandis que les groupes de voyous venus du quartier Boulaq, que des témoins ont vus discuter tranquillement avec les militaires avant la manifestation, attaqueraient les Coptes par derrière. Des snipers de l’armée étaient répartis sur les toits – ce sont eux qui ont tiré méthodiquement, non les soldats au sol ou depuis leurs engins blindés qui, eux, se sont « contentés » respectivement de tabasser à mort des manifestants ou de les écraser avec leurs engins. Ces quelques lignes, tirés d’un article courageux de Marie-Gabrielle Leblanc, précisent plusieurs points :
“_Une jeune fille, Viviane, a témoigné : elle supplié les soldats de ne pas achever son fiancé Michael, ce qu’ils ont fait quand même sous ses yeux, ils l’ont rouée de coups de pied alors qu’elle était à terre en la traitant de mécréante et apostate. Les insultes proférées par les militaires étaient religieuses et pas politiques, le Dr Adel [médecin des chiffonniers du Caire] entendait les soldats traiter les chrétiens de « kafara » (mécréants, infidèles) et d’apostats. Pendant ce temps, la radio et la TV mentaient à tour de bras en affirmant que « notre armée se fait massacrer par les voyous Coptes »! …
____Une semaine avant la tragédie, le grand mufti du Caire [note : il s’agit de ‘Ali Gomaa, qui n’est pas dépendant d’El Ahzar], toujours fidèle à sa manière de souffler le chaud et le froid, de dire blanc aux Occidentaux puis noir aux musulmans -il vient de donner au Figaro une interview à faire pleurer dans les chaumières-, a dit à la TV nationale, appuyé par le chef des salafistes, que les Coptes étaient des mécréants et des apostats. Le journaliste lui a demandé: « Alors on va tirer sur eux ? » Il a répondu « Non, mais c’est le Coran qui le dit, nous sommes obligés de dire la vérité, d’ailleurs les chrétiens aussi nous traitent de kafaras» (ce qui est faux, j’en témoigne). Appel au meurtre à peine déguisé …
___Le pire, l’impensable est donc arrivé en Égypte, une armée qui massacre de paisibles compatriotes, hommes, femmes et enfants (de nombreux enfants ont été tués et blessés), et sous les yeux du monde entier, sans que personne ne réagisse à part Benoît XVI.”
_____Aucun doute n’est possible : selon les critères en vigueur, il s’agit d’un crime contre l’humanité caractérisé, programmé par le régime en place en vue de priver de leurs droits une catégorie précise de citoyens – désignés à la discrimination jusque sur leur carte d’identité (qui mentionne la religion). Les complicités de ce crime s’étendent parmi les journalistes, en tout cas chez ceux qui étaient dans les studios de la place Maspéro et qui ont vus tous les préparatifs du massacre et comment il s’est déroulé, sous leurs yeux.
_____Au temps du système islamisant et corrompu de Moubarak, le régime refusait de traiter avec les représentants politiques des Coptes et n’acceptait de parler qu’avec les Evêques, selon le système d’oppression et de servage multiséculaire appelé « dhimmitude ». C’est contre ce système de ségrégation et de clientélisme que les jeunes s’étaient révoltés. Dans ce système, les chrétiens ne sont autorisés qu’à occuper 2 % des postes, même si, dans tel domaine, ils forment 30 ou 40 % des élèves. Le gouvernement militaire continue la même politique : les 20 et 21 octobre, il a refusé de parler à tout autre qu’à six Evêques coptes, qui étaient pourtant accompagnés de représentants politiques de la Communauté copte. On se croirait revenu au temps du Sultan.
_____Au lieu de tourner le dos, les Evêques ont courbé l’échine et ont accepté de « discuter » avec les criminels… en n’ayant ni la compétence ni le mandat pour représenter la société civile. Ce faisant, ils altéraient ce pour quoi les jeunes se battent depuis le 25 janvier. Beaucoup de Coptes sont aujourd’hui déçus par leur hiérarchie ; un dominicain du Caire déçoit aussi en ce qu’il a écrit soit par absence d’information, soit par attitude de dhimmi : il évoque une « manœuvre maladroite de militaires qui n’ont pas l’expérience de la gestion des manifestations »! Même ce qu’il dit du vice-premier ministre et ministre des finances, Hazem Beblawi est inexact : c’est parce qu’il était dégoûté que cet homme honnête a donné sa démission : “Ma conscience ne me permet pas de rester”, a-t-il déclaré – mais les militaires ont refusé sa démission. À plus de 80 ans, Chenouda III, que le Maréchal Tantaoui est venu voir le 24, ne peut que déplorer la situation. Ce qui manque à l’Egypte aujourd’hui, c’est un Karol Woytila (devenu Jean-Paul II) qui sut mettre en question le système totalitaire qui écrasait son pays et guider la lutte de la société civile, sans se substituer à ses responsables.
_____Une espérance : le vendredi 14 octobre au Caire, 2000 personnes, surtout des musulmans – et il leur fallait être particulièrement courageux !– ont manifesté de la mosquée Al Azhar à la cathédrale Saint-Marc en scandant : « Ce n’est pas une guerre de religions, c’est un complot militaire », « Musulmans et chrétiens main dans la main », « Nous sommes tous des Mina Daniel » (Copte de 25 ans tué par balle place Maspéro le 9 octobre), ou « Nous sommes tous des Khaled Saïd » (activiste musulman battu à mort par la police d’Hosni Moubarak). Le mal de l’Egypte, c’est le totalitarisme islamiste qui étreint le pays depuis Sadate.
____« Le Parlement Européen condamne l’assassinat des Coptes qui protestaient pacifiquement à Maspero, s’attend à une enquête indépendante et transparente pour juger tous les responsables, y compris les médias égyptiens qui ont appelé la population à protéger l’Armée Egyptienne des attaques par les Coptes ; et exhorte les autorités égyptiennes de libérer les 28 chrétiens et autres personnes arrêtées.
____Le Parlement Européen (PE) prend note de l’annonce par le gouvernement égyptien d’un décret immédiat dans le but de légaliser le statut de lieux de culte chrétien dont les permis de construire sont considérés incomplets ; insiste sur la lutte contre la discrimination et sur la traduction en justice des responsables de la violence contre les Coptes.
_____Le Parlement appelle les autorités égyptiennes à veiller au respect des droits fondamentaux tels que la liberté d’association, de réunion pacifique, d’expression, de religion, de conscience et de pensées, et ceci pour tous les citoyens égyptiens, y compris les Chrétiens coptes. Le Parlement appelle les autorités égyptiennes à assurer une protection adéquate des églises, de mettre un terme à leur destruction par des extrémistes islamiques, et prend note de l’adoption d’un nouveau code pour la construction de lieux de culte.
_____Le Parlement est préoccupé par les enlèvements de jeunes filles coptes qui ont été forcées à se convertir à l’Islam Il exhorte les autorités égyptiennes à mettre fin à la discrimination des chrétiens coptes, par exemple en supprimant la référence à la religion dans tous les documents officiels et d’assurer l’égalité des chances, y compris la représentation dans les forces armées, dans le Parlement et au gouvernement. Il respectera strictement le « code de conduite européen » sur les exportations d’armes, dont l’utilisation contre des civils pacifiques est interdite.
_____Le PE estime que la nouvelle Constitution doit contenir explicitement la protection de tous les droits fondamentaux, y compris la liberté de religion et que toute prévision constitutionnelle ne laisse aucune possibilité de discrimination de quiconque dans la société égyptienne. Il appelle les autorités à ne pas organiser des élections libres sous un état d’urgence et de mettre un terme à la loi d’urgence avant l’élection
_____Le PE prend note de l’amendement au code pénal qui criminalisera la discrimination fondée sur le sexe, la race, la langue, la religion ou la croyance. Elle appelle les autorités à adopter une loi associative nouvelle selon les normes internationales des droits de l’homme, en consultation avec les ONG et les groupes de droits humains. Elle souligne les droits des femmes et l’importance de leur participation dans le développement démocratique de l’Egypte.
_____Le Parlement Européen appelle à la libération immédiate du blogueur Maikel Sanad ; à mettre un terme sans délai aux procès militaires de civils ; et à empêcher les actes d’intimidation directe ou indirecte des organisations de la société civile
_____En cas de graves violations des droits humains de tout citoyen en Egypte, des mesures supplémentaires seront adoptées par l’Union européenne.